Mauritanie et Francophonie : une candidature à l’épreuve de la cohérence


À l’heure où la Mauritanie ambitionne de diriger l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), une décision du ministre de la Culture, des Arts, de la Communication et des Relations avec le Parlement, Mohamed Ould Babana, relance le débat sur la place du français dans la politique linguistique du pays.

Le 20 octobre 2026, le ministre a publié une circulaire demandant aux responsables de son département de rédiger en arabe les correspondances, notes, rapports et documents administratifs adressés au cabinet ministériel. La mesure concerne les services relevant de son département et ne constitue pas, en l’état des informations disponibles, une obligation générale imposée à l’ensemble de l’administration publique.

Cette décision, légitime au regard de la volonté de promouvoir la langue officielle du pays, intervient néanmoins dans un contexte diplomatique particulier : celui de la candidature mauritanienne au poste de secrétaire générale de l’OIF, portée par Coumba Bâ. Le rapprochement entre ces deux événements soulève une question qui mérite d’être examinée sans passion, mais avec lucidité.

La Mauritanie peut-elle ambitionner de diriger la Francophonie tout en affirmant, dans ses pratiques administratives, la priorité donnée à l’arabe ?

La question n’implique pas que les deux orientations soient nécessairement contradictoires. Elle invite plutôt à s’interroger sur la cohérence entre les choix linguistiques nationaux et les ambitions internationales du pays.

Défendre l’arabe dans l’administration relève d’un choix souverain parfaitement légitime. La langue officielle de la Mauritanie a vocation à occuper toute sa place dans les institutions et les services publics. Mais briguer la direction de la Francophonie suppose également de convaincre les États membres de sa capacité à promouvoir le français, à défendre le dialogue entre les cultures et à faire vivre la diversité linguistique.

Il serait donc excessif de considérer qu’un pays dont la langue officielle n’est pas le français serait disqualifié pour diriger l’OIF. La Francophonie rassemble des États aux réalités linguistiques, culturelles et politiques diverses. Son ambition est précisément de faire de cette diversité un facteur de coopération, de solidarité et de rapprochement entre les peuples.

Le véritable enjeu est ailleurs : quelle vision la Mauritanie entend-elle porter à la tête de cette organisation ?

Quelle place entend-elle réserver au français dans ses relations diplomatiques, dans son système éducatif et dans sa coopération internationale ? Comment compte-t-elle concilier la promotion de l’arabe avec le maintien et le développement du français, sans renoncer à la primauté constitutionnelle de sa langue officielle ?

À l’approche du rendez-vous décisif, c’est à cette question que doit répondre la candidate mauritanienne. Coumba Bâ devra convaincre ses partenaires que la promotion de l’arabe ne signifie ni un désengagement à l’égard de la Francophonie ni une volonté de marginaliser le français. Elle devra surtout présenter une vision suffisamment claire pour montrer que la Mauritanie peut assumer pleinement son identité linguistique tout en contribuant au rayonnement de la langue française.

Cette exigence est d’autant plus importante que la candidate a elle-même défendu une conception ouverte de la Francophonie, fondée sur le rassemblement et la coopération. Une telle ambition appelle des explications précises sur la manière dont le plurilinguisme peut se traduire concrètement dans les politiques publiques.

Il ne s’agit pas de faire d’une circulaire ministérielle le symbole d’une rupture avec la Francophonie. Ce serait aller trop loin. Mais il serait tout aussi peu pertinent d’ignorer les interrogations qu’une telle décision peut susciter auprès des partenaires francophones, particulièrement au moment où le pays sollicite leur confiance.

Une candidature internationale ne se résume pas à une campagne diplomatique ni à la recherche de soutiens. Elle engage l’image du pays, la crédibilité de ses institutions et la cohérence de son discours devant ses partenaires.

La Mauritanie dispose pourtant d’un atout singulier : son identité plurielle, au croisement de plusieurs espaces culturels et linguistiques. Cette réalité peut constituer un avantage dans une organisation qui se veut un lieu de dialogue entre les peuples. Encore faut-il que cet atout soit assumé et traduit en une vision claire, crédible et partagée.

L’enjeu n’est donc pas de choisir entre l’arabe et le français. Il est de démontrer qu’un pays peut affirmer sa langue officielle tout en contribuant activement au rayonnement d’une langue internationale et à la défense du pluralisme culturel.

En définitive, la candidature mauritanienne sera jugée non seulement à l’aune de ses soutiens diplomatiques, mais aussi à celle du projet qu’elle entend défendre pour l’avenir de la Francophonie.

La question demeure : la Mauritanie veut-elle seulement diriger l’OIF ou entend-elle convaincre qu’elle possède une vision à la hauteur de cette responsabilité ?

C’est à cette interrogation que la candidate mauritanienne devra apporter une réponse convaincante. Et c’est à la cohérence entre ses ambitions, ses engagements et les orientations de son pays que ses partenaires pourront mesurer la portée réelle de sa candidature.

Yedaly Fall